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Une histoire rapide des Femmes en Noir

« Les Femmes en Noir » se sont inspirées d’anciens mouvements de femmes qui ont manifesté dans les rues pour faire entendre la voix des femmes dans l’espace public – en particulier le Black Sash en Afrique du Sud et les Madres de la Plaza de Mayo qui recherchaient les « disparus » de la répression politique en Argentine. Mais les Femmes en Noir partagent aussi une généalogie avec des groupes de femmes qui ont refusé explicitement la violence, le militarisme et la guerre comme la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté constituée en 1918 et les femmes du camp pour la paix de Greenham Common au Royaume Uni ainsi qu’avec des groupes apparentés qui dans le monde se sont opposés au déploiement de missiles US dans les années 80.

Les débuts en Israël
Les Femmes en Noir telles qu’on les connaît aujourd’hui ont pris naissance en Israël en 1988. En 1987, 20 ans après l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza par Israël, débuta l’intifada palestinienne. En réponse, des femmes juives israéliennes commencèrent à aller chaque semaine comme vigiles, se tenant debout dans des endroits publics, généralement à des carrefours fréquentés. La première vigile s’est tenue à Jérusalem, puis le nombre de vigiles en Israël s’est multiplié pour atteindre près 40 vigiles. Dans le nord d’Israël, où la concentration des communautés arabes est la plus importante, des femmes palestiniennes de nationalité israélienne étaient également actives dans des groupes de Femmes en Noir. De nombreux groupes locaux de Femmes en Noir établirent des contacts avec des femmes d’au-delà de la ligne vertequi étaient engagées dans un travail de soutien comme par exemple la visite de Palestiniens incarcérés dans des prisons israéliennes.

L’établissement d’une formule d’action
Lors des vigiles de Femmes en Noir, les femmes portaient des panneaux où était écrit : « Fin de l’occupation » et des messages qui s’y référaient. L’objectif était précis : attirer un grand groupe de femmes. Les vigiles étaient prévisibles : même endroit, intervals réguliers. Les femmes étaient vêtues de noir. Bien qu’elles n’étaient pas particulièrement silencieuses dans la plupart des lieux israéliens, comme elles le sont devenues dans certains pays depuis, on ne scandait pas. Beaucoup de passants à pied ou en voiture les aperçurent et elles provoquaient des réactions de leur part. certains les interpellaient en les injuriant à la fois sur le plan sexuel (« putes ») et sur le plan politique (« traîtresses »). Leur politique consistait à ne pas rétorquer mais rester silencieuses et dignes.

Dans d’autres pays, y compris le Canada, les US et l’Australie et de nombreux pays européens, on se mit à organiser des vigiles de Femmes en Noir pour soutenir les Israéliennes. A Berkeley, Californie, par exemple, des femmes font des vigiles chaque semaine depuis 1988. A cette époque, au Royaume Uni, (surtout des Juives, avec des Palestiniennes et d’autres) manifestaient devant les bureaux de la compagnie aérienne israélienne El Al.

Des femmes italiennes s’emparent du thème
En Italie, un groupe de femmes lança un projet appelé « Des femmes visitent des endroits difficiles » dont le but était de promouvoir le dialogue entre femmes de parties belligérantes dans des pays en conflit. Elles visitèrent Israël et la Palestine en 1988 et y apportèrent leur soutien aux Femmes en Noir. A leur retour, elles fondèrent leur propre « Femmes en Noir », Donne in Nero, qui rapidement eut ses vigiles à Rome, Milan, Bologne, Turin, Ravenne, Padoue et Vérone. Pendant plus de dix ans, un nombre important de femmes d’Italie ont maintenu un programme de visites en Israël/Palestine. En 1989 elles ont apporté leur aide pour promouvoir un événement à Jérusalem « Il est temps de faire la paix », impliquant une grande chaîne humaine autour des murs de la ville, et en 1996, elles se sont associées à Bat Shalom pour organiser l’événement « Partager Jérusalem ».

La guerre du Golfe
Au moment de la guerre du Golfe (en 1991, après l’invasion du Koweït par l’Iraq) il devint plus difficile pour les femmes israéliennes de soutenir ouvertement les Palestiniens à cause du soutien public d’Arafat à Saddam Hussein. Plus tard (1994) les accords d’Oslo entre le gouvernement israélien et l’OLP semblaient promettre des progrès en faveur de la paix de sorte que les protestations paraissaient moins nécessaires. A l’exception de quatre localisations, les vigiles de Femmes en Noir s’arrêtèrent. Néanmoins dans les nombreuses conférences de femmes en faveur de la paix tenues à Jérusalem entre 1994 et 2001, beaucoup des réseaux initiaux de Femmes en Noir s’impliquèrent, dont certains demeurèrent actifs, pendant cette période, dans Bat Shalom, Tandi et d’autres organisations de femmes pour la paix.
Contrairement à ce qui se passait en Israël, dans beaucoup d’autres pays, la Guerre du Golfe incita les femmes à s’opposer aux bombardements US en l’Iraq. A Londres, par exemple, un groupe de femmes a manifesté en tant que « Femmes opposées à la Guerre en Iraq ». Plus tard, certaines d’entre-elles reprendront la dénomination de « Femmes en Noir »

Des femmes en Serbie réagissent contre la guerre…
Peu après, quand la Yougoslavie commença à se disloquer et que la guerre éclata entre les diverses républiques yougoslaves, des Italiennes visitèrent des militantes féministes à Belgrade, ce qui engendra une forme d’organisation et d’actions similaires. Les Femmes en Noir de Belgrade (Zene u Crnom) se constituèrent le 9 octobre 1991. Explicitement féministes, ces dernières se sont activement opposées depuis, à l’agression nationaliste et la violence masculine.

La présence dans la rue des vigiles de Zene u Crnom,à la Place de la République de Belgrade, à partir de 1991, a été forte et provocante. Elles travaillent en partenariat avec des hommes qui refusent de rejoindre l’armée et elles ont pu maintenir un solide programme comprenant des déclarations publiques, des écrits et des publications, des ateliers et des séminaires éducatifs, et organisent des visites et des rencontres internationales.

Un groupe important en Espagne
Un réseau de Femmes en Noir espagnol, Mujeres de Negro était entre-temps devenu fort et actif. Elles aidèrent des femmes de la région yougoslave à trouver en Espagne un refuge, un répit et une plate-forme publique. C’est grâce à une contribution importante des Mujeres de Negro et des Donne in Nero que les femmes de Zene u Crnom de Belgrade purent organiser une série de dix rencontres internationales dans différents lieux de l’ex-Yougoslavie, qui ont constitué une force importante de création et d’expansion du réseau international.

Les Femmes en Noir se propagent dans d’autres pays
Pendant la succession de guerres qui débutèrent en Croatie et en Bosnie, des groupes de Femmes en Noir apparurent dans beaucoup d’autres pays en soutien aux Zene u Crnom de Belgrade dans leur opposition à l’agression nationaliste. Des femmes se réunirent en Belgique (un groupe de Femmes en Noir à Bruxelles et un groupe de Flamandes, Vrouwen in het Zwart à Leuven). C’est à ce moment que les Women in Black (WIB) de Londres prirent leur nom et commencèrent des vigiles au Centre de la ville, à Trafalgar Square, chaque semaine ou chaque mois.

Il est impossible de citer tous les différents groupes dans les différents pays qui émergèrent à partir du milieu des années 90, mais nous encourageons le lecteur à consulter leurs pages individuelles sur ce site. Certains groupes adoptèrent la formule des vigiles silencieuses, habillées de noir. D’autres (par exemple les WIB de la région de la baie de Californie et les Femmes en Noir de Tokyo) ont trouvé plus effectif de marcher sur une file, en silence, dans les quartiers commerciaux, ou d’utiliser des masques, des marionnettes géantes et des tambours. Beaucoup de femmes de ces groupes ont adopté comme pratique la visite de zones en guerre pour y apporter un soutien aux femmes. Belgrade, Zagreb, Sarajevo et d’autres villes de la région ont reçu de nombreuses visites.

Comme c’est toujours le cas dans les mouvements de femmes et spécialement peut-être dans les groupes qui s’opposent à la violence, on trouve beaucoup de lesbiennes actives dans les Femmes en Noir. Faire la connexion entre la violence dans la guerre et la violence dans la vie de tous les jours y compris la violence de l’homophobie, de la misogynie et du racisme a été productif. Il existe une relation particulièrement forte et solidaire entre les lesbiennes Vrouwen in het Zwart de Leuven et celles de Zene u Crnom.

Et les autres continents
En Inde, les Femmes en Noir apparaissent en 1992 au moment où, suite à la destruction par des Hindous fondamentalistes d’une ancienne mosquée, Babri Masjid, , la violence s’empara de l’Inde et que des femmes en furent les principales victimes. Des Femmes en Noir de la ville de Bangalore sont allées tous les jeudi en vigiles silencieuses dans les rues, sur les places de marché et dans le Parc Gandhi pour la paix, protestant contre la guerre contre les femmes.
Aux Philippines, les Femmes en Noir apparaissent en 1995. Le Conseil asiatique des femmes pour les droits humains et la Lila Pilipina, une organisation d’anciennes femmes « de confort » se réunissent souvent devant l’ambassade du Japon à Manille, habillées de noir, pour revendiquer une compensation pour le crime de guerre d’esclavage sexuel perpétré par l’armée japonaise pendant la Seconde guerre mondiale.

Un événement marquant dans les années 90 fut la vigile massive de Femmes en Noir (estimée à 3000 femmes) organisée par les Femmes en Noir d’Inde et le Conseil asiatiques des femmes pour les droits humains, à Pékin le 4 septembre 1995, au moment de la conférence mondiale des femmes des Nations-Unies. Elles y réclamaient « un monde plus sûr pour les femmes » et la fin des guerres et des conflits armés.
Depuis 1996, des Femmes en Noir au Népal forment des vigiles silencieuses sur des places publiques de Katmandou pour protester contre le trafic des femmes et la violence contre les femmes.

En 1998 et 1999, des femmes en Noir ont eu l’occasion partout de manifester contre une série d’engagements militaires des USA, auxquels participait parfois le Royaume Uni ou dans le contexte de l’OTAN. Elles se sont opposées aux sanctions permanentes et aux raids aériens contre l’Iraq, au bombardement du Soudan et de l’Afghanistan et au bombardement de Belgrade et d’autres villes serbes.

Création d’un réseau électronique
Ce sont les femmes espagnoles des Mujeres de Negro qui ont d’abord réalisé l’importance cruciale qu’aurait une technologie de l’information pour relier les groupes de Femmes en Noir engagées dans des actions anti-guerre. Elles ont pris l’initiative de dresser une liste électronique pour les Femmes en Noir, d’abord en espagnol, par la suite aussi en anglais. Plus tard, au cours de l’année 2000 elles mirent sur pied un système de « coordinatrices par pays », transformant ainsi effectivement les Femmes en Noir en un réseau mondial. L’information qui circule à présent, principalement par Email, provient de groupes de Femmes en Noir et est orienté vers eux. Mais des femmes qui poursuivent des buts similaires mais qui utilisent des dénominations et des approches organisationnelles différentes (comme par exemple d’Afghanistan et de Colombie) sont également contactées par l’intermédiaire de la liste.

Intensification du conflit en Israël/Palestine
La nouvelle intifida palestinienne à la fin septembre 2000, après l’incident de la mosquée d’Al-Aqsa, restimula les femmes en Noir en Israël. A la mi-novembre, les femmes se retrouvaient en six endroits (Nazareth, Acre, Haïfa, Tel Aviv, Jérusalem et la jonction Nachson) et ce militantisme se poursuit aujourd’hui sous la forme de 15 vigiles simultanées, certaines se dénommant Femmes en Noir et d’autres pas.

C’est aussi en novembre 2000 que se créa en Israël la Coalition des Femmes pour une Paix juste, qui réunit toutes les vigiles des Femmes en Noir ainsi que 9 autres organisations pacifistes de femmes. Vêtues de noir, ces femmes pratiquent l’action directe (par exemple, placer une « clôture » devant le Ministère de la Défense israélien pour en bloquer l’accès), en plus d’organiser deux fois par an des vigiles de masse de Femmes en Noir, auxquelles participent des milliers de femmes.
Des groupes de femmes, surtout des Donne in Nero mais aussi des WIB de Londres et des Femmes en Noir d’ailleurs ont visité la Palestine et Israël depuis le début de l’intifada d’Al-Aqsa pour soutenir les Palestiniennes et renforcer les liens entre elles et les militantes pacifistes israéliennes.

Le Conseil asiatique des femmes pour les droits humains et El Taller International, deux réseaux d’organisations de femmes pour les droits humains dans le Sud global, ont organisé dans des régions différentes 17 Tribunaux de Femmes devant lesquels se tenaient des vigiles de Femmes en Noir.

Au Cap, en Afrique du Sud, 5000 femmes ont manifesté avec énergie et créativité à la veille du Tribunal mondial des Femmes contre la guerre et pour la paix (Marche 2001). Les Femmes en Noir en Afrique du Sud manifestaient contre la guerre et pour la paix.

Comme la répression israélienne en Cisjordanie et à Gaza s’intensifiait, les Femmes en Noir israéliennes et la coalition lancèrent un appel en juin et ensuite en décembre 2001, via la coordination Email dans le monde, pour un jour de protestation simultanée. A la suite de cette action et d’autres actions similaires, on estime à plus de 150 les groupes de Femmes en Noir dans au moins 24 pays.

11 septembre 2001
Après les attaques sur des objectifs US, le 9 septembre 2001, les Femmes en Noir en tant que réseau international se mirent d’accord rapidement et émirent une déclaration. Des femmes à New York et d’autres endroits aux USA (de même que d’autres groupes dans le monde) ont rapidement réagi avec un appel à « la justice, pas la vengeance ». De nombreux groupes ont par conséquent protesté contre la poursuite d’une « guerre contre la terreur » par les USA et leurs alliés en Afghanistan et ailleurs. Après la fin des bombardements de l’Afghanistan, des Donne in Nero italiennes sont parties travailler avec des groupes de femmes au Pakistan et en Afghanistan.

Pendant l’année 2002, partout des groupes de Femmes en Noir se sont opposées activement à toute extension d’actions militaires par les gouvernements US et ceux de leurs alliés comme l’attaque d’états particuliers, notamment l’Iraq. Mais aussi le militarisme et la violence qui sont moins à la une internationalement ont continué à être une préoccupation majeure pour divers groupes de femmes dans le monde. Les Mujeres de Nero, en Espagne, par exemple, ont coordonné une action mondiale pour protester contre la guerre connectée à la drogue en Colombie, où elles ont des liens puissants avec d’autres groupes de femmes.

La vigile la plus récente s’est tenue au niveau de l’Inde entière lors du Forum social asiatique (en préparation au Forum social mondial à Porto Alegre, Brésil) à Hyderabad, le 4 janvier 2003. Il y avait plus de 3000 femmes habillées en noir qui dénonçaient l’occupation de la Palestine par Israël, la guerre en Iraq et les crimes de guerre US ainsi que d’autres situations de guerre et de conflits armés. Le travail des Femmes en Noir en faveur de la paix a été reconnu.
Localement et internationalement, les Femmes en Noir ont reçu un certain nombre de récompenses qui reconnaissent leur travail en faveur de la paix. Ainsi, le réseau mondial a reçu le Prix de la Paix du millénaire pour les femmes sponsorisé par l’ONG International Alert et l’agence des Nations-Unies UNIFEM, et l’année suivante le réseau a été proposé pour le prix Nobel de la paix. Les Donne in Nero ont reçu, en 2002 la Colombe dorée de la Paix, un prix italien. Le réseau a été honoré par la « Church Women United ».

Les Femmes en Noir israéliennes ont gagné le Prix de la paix d’Aix-la-Chapelle (1991) ; le prix de la paix de la ville de San Giovanni d’Asso en Italie (1994); et le « Prix de faiseur de paix » de la Communauté juive pour la paix.

NB : Nous sommes douloureusement conscientes que cette histoire est loin d’être complète et est probablement biaisée à cause du déséquilibre dans les informations fournies volontairement par les régions et les vigiles. Aidez-nous à reconstituer une histoire correcte des Femmes en Noir en apportant l’information sur vos propres pages internet.